moments précieux

Renaissance

– « Oui ??? » …

J’ouvre, c’est au troisième, mon gars, en avant.

Il est long à monter, le pépère … Il n’a pas trouvé l’interrupteur … Pfff … J’ai le don d’attirer à moi des gens qui décoiffent, chahutent, vrombissent, pétaradent … je me demande ce que la vie va encore me faire comme coup.

Il est en surpoids, voilà pourquoi. Le troisième étage, ça a une petite tendance à les tuer. Je vais attendre un peu avant de lui annoncer qu’il reste un étage à franchir … Pas envie de devoir appeler le samu, encore moins de faire du bouche à bouche.

Un petit thé un plan un restau des horaires de bus … et hop, il est mûr pour le dernier étage … ta chambre, la salle de bain, n’hésite pas à demander si tu as besoin de quoi que ce soit …

On va partager mon appartement, pour quelques jours. C’est une drôle de situation, de la vie de couple sans couple, avec un peu de vie. Mais pourquoi pas. Je retourne à mon piano, il prend une douche, puis descend, il s’assied, écoute, aime. Puis sort, restau. Fin du premier round. Je retourne à mon piano.

Il y a eu Jean Luc, Romain, Patrice, Andrew, Graham, Michel Ange, Murphy, Yuki et tant d’autres. De tous les âges, toutes les couleurs, tous les calibres. Tant d’autres qui m’ont permis de ne pas oublier que la vie, à deux, est parfois douce. Simple. Qu’on peut partager des moments précieux, sans enjeux. Juste par amour des échanges, par amour de l’autre et de ses différences. Une bouteille de vin, un truc à grignoter. Des discussions, légères, intelligentes. Des hommes, comme je n’en avais jamais rencontrés. Différents, si différents des partitions déjà jouées. Et libres, parce que nous sommes dans l’éphémère. Pas plus, pas envie.

Jusqu’au jour où l’envie est revenue. Le corps s’est réveillé. Doucement, de manière insidieuse. C’était un été calme et doux, et j’ai tourné la page.

Il sonnera, un jour, et je dirai :

– « Ha, il était temps. Parce que mon coco, tu mets mes rêves en feu, et avec toi mes insomnies reviennent. Mais attention : je ne veux pas du couple à souffrir, renoncer, trahir, manipuler, s’ennuyer ; ça, ça me fait peur, comme ça te fait peur … Mon programme, c’est airbnb, et plus, si affinité … C’est du concret, pas du rêvé … »

Dommage, je vais le faire fuir si je lui parle ainsi.

Alors je vous fais la version plus officielle :

– « Henri (j’adore ce prénom, il me fait rire, ce qui est un bon début), vous (le vouvoiement, en amour, c’est absolument divin) êtes aussi un cadeau, dans ma vie … je rêve

De partager avec vous ce qui est vous, et non votre travail

De partager avec vous ce qui sera nous, et pas notre travail

De rire avec vous, de regarder avec vous, de sentir avec vous, de respirer avec vous, de danser avec vous, de marcher avec vous (ou de vous regarder, hein, si vous êtes un chamois, parce que je ne vous courrai pas derrière), de vous écouter, … avec légèreté …

Rien de plus : juste de la vie, de l’amour, de la vie, et de l’amour, encore, et encore. »

Renaissance, ou naissance. Enfin.

moments précieux

Lui 2

– « Oui ?…. »

Je n’ai pas répondu. Faire la morte, comme dans mes jeux d’enfant. Ça me sauvera.

Tu as été mon phare, mon rêve d’enfant, mon amour inespéré. Puis la souffrance est venue, rapidement, intense ; elle est repartie, avec toi. Soulagement. Résurrection.

Il a ensuite fallu, pierre après pierre, recomposer ma vie. Il y avait plein d’amour autour de moi, heureusement. Comprendre que de tout cela il fallait apprendre, retrouver les impasses de ce labyrinthe, et les poser, telles des cases « puit », pour renaitre.

– « Je passe par là, je sais que tu m’entends. Je suis au café du coin, si tu as envie de me voir. »

J’ai envie de te voir mais mon envie n’a, au fond, rien à voir avec toi. Mon amour non plus, d’ailleurs. Je les garde au fond de ma poche, dans l’espoir qu’un jour je sois capable d’essayer à nouveau la réalisation de mes envies avec un homme. Tu boiras ton café sans peine, d’ailleurs peut-être es-tu déjà reparti.

Chimère.

– « Si tu en as besoin, sache que je serai toujours là pour toi. »

J’ai surtout besoin de moi, et de l’amour paisible de ceux qui m’entourent, sous toutes ses formes.

Je garde le silence. Je me sens comme les derniers grains d’un sablier. Pouf. Le dernier vient de tomber.

Quatre noëls se sont écoulés, avec toi, au loin. Présent, dans l’absence, absent au présent.

Au premier tu revenais dans ma vie et c’était soleil, dans deux décennies de glace. Faire ton deuil avait été long, aride. Ton retour me faisait fleurir, revivre, vivre. Du moins je le croyais.

Puis il y a eu ce lendemain de Noël où tu étais venu et où nous avions partagé nos fantômes, nos regrets. C’était triste, cet amour, et ces années mortes.

Il y a eu le Noël avant que je ne tombe malade, celui où je suis partie au loin, me cacher, pour ne pas avoir à affronter cela seule, chez moi. Tu étais au bout du mail. Avec ta femme, et ton fils, en filigrane.

Et pour finir, un Noël malade, passé à coller mes morceaux pour tenir debout, entre deux visites de l’infirmière.

Un cycle de Noëls à espérer des choses que tu n’espérais pas, une vie qui ne viendrait pas. Tu n’as été que du sable, entre mes mains, qui filait, filait. L’amour avec toi, c’était comme dans « un barrage contre le pacifique », de Duras : une lutte, de chaque instant, contre les éléments. Perdue d’avance. Il m’en a fallu du temps, pour accepter de regarder en face, et renoncer.

J’ai envie de dire…

« Tu sais je vais passer un vrai beau Noël, cette année. Un Noël atypique qui sera simple et gai. Je n’ai invité que des gens qui sont capables d’entrer en lien avec d’autres personnes. Ils sont tous boiteux, et ils le savent. Et c’est précisément ce que j’aime en eux, ce sont mes pépites, mes trésors. Dans mon théâtre, sur ma scène, je veux des acteurs tendres, justes, vrais. Je ne veux plus de masques, ni de coquilles vides. »

Tu n’aurais pas aimé ma vie. Ces gens, je les croise avec bonheur pendant que je découvre des choses qui ne sont pas vraiment importantes pour tant de personnes, mais très importantes pour moi. Je n’ai plus envie de me sacrifier, je ne suis plus une chèvre, à la merci d’un Pitie grecque.

Alors je ne t’ai pas invité. Tu es resté en bas ou là-bas, peu m’importe.

Je t’ai renvoyé le cadeau que tu avais glissé dans ma boite, sans sens.

Il se perdra en chemin, et tu m’insulteras de cela. Drôle de fin.

Une page s’est tournée, soufflée par le vent.

Le vent mon ami, celui qui me met en mouvement.

moments précieux

Lui 1

– « Oui ?…. »

– « C’est moi, … »

Je n’ai pas répondu. Faire la morte, comme dans mes jeux d’enfant. Il laissera un mot, dans la boite aux lettres. Des cartes postales, aux illustrations violentes, qui disent le contraire de ce qui est écrit, neutre, formel. On a toujours communiqué ainsi, à plusieurs niveaux … là, c’est une bataille navale, un bateau qui explose sous les bombes … Je le prend pour moi, mais c’est peut-être lui. Peu importe.

Ça me sauvera, c’est la seule solution. Je veux vivre.

– « Si tu ne fais pas de bruit, ils ne sauront pas que tu es là »

Petite, la maison craquait la nuit. Je m’étais persuadée qu’un lion se promenait dans le couloir qui longeait ma chambre. Je me cachais sous ma couverture, respirant doucement… Puis ce lion est devenu celui de Kessel, grâce au gout de la lecture, que nous avions en commun, lui et moi, un lion bienveillant, doux protecteur.

L’enfance est passée, mais pas la peur, rampante. Pas vraiment rassurant, comme père. Tout sauf rassurant.

La dernière fois qu’il est venu, j’ai pensé que je n’en pouvais plus de lui, non plus, comme de tant d’autres.

Je n’en pouvais plus de ce qu’il projette sur moi, et qui ne m’appartient pas. De ses sacs et des prisons qu’il nous impose, par peur de lui-même. Des exigences, des attentes, et de l’incapacité d’entendre que vraiment, je suis à bout.

En apparence, tout va bien. Il rit, plaisante, est nourri de tant de choses, incessamment. Son monde est complexe et ressemble au mien. La musique. Le jardin. La lecture. Le monde, quoi.

Longtemps j’ai aimé, accepté, pardonné ses failles. Pardonné sa violence, contre ceux que j’aimais. Peut-être. Puis j’ai grandi, et le pardon s’en est allé. Destruction, jour après jour, de mon frère. Et moi, aux premières loges, partagée entre l’amour de l’un, celui de l’autre, et celui de ma mère, spectatrice évasive. La « loyauté sale », ça se nomme. Continuer d’aimer, de tous les aimer, malgré l’inacceptable. Une seule phrase me reste : « pourquoi ne comprend-il pas qu’il doit arrêter ? … C’est un adulte, pourtant … »

Et ils se demandent pourquoi je disparais.

Il a passé sa vie à attendre son père. Puis il a découvert la réalité de la situation. C’était un peu tard : son père venait de s’éteindre. Il avait été mis en terre. Ne restaient de lui qu’un doux souvenir d’absence et d’attente, des traits sur le visage du fils, semblables à ceux des frères et sœur découverts, une photo et un harmonica. Une tombe froide dans une ville lointaine.

L’autre père, adoptif, n’était finalement qu’un masque de plus. Timbré, lui aussi.

Il avait eu l’air soulagé de cette révélation. J’étais la seule à trouver cela tragique. Innommable.

Quand il s’était agi de devenir père, le mode d’emploi avait manqué.

Bon père pour les autres. Mais boiteux envers les siens.

J’avais grandi sous les yeux de cet homme, et dans le sillage de son amour. Cette mousse verte, posée dans le cou de ma mère, c’était lui. Régulièrement elle voulait brosser ce végétal. Mais au fond, ils n’étaient qu’un. Noire symbiose.

J’étais revenue près d’eux, drôle d’idée, soufflée par un autre homme de la même espèce, après des années de fuite le plus loin possible.

En quelques semaines ils avaient réussi à remettre en place tout ce qui avait motivé mon départ. Vingt ans plus tard, m’étant crue plus solide, à regarder de trop près les dynamiques en jeu, j’étais tombée malade. Malade, et vidée d’une énergie qui ne m’avait jamais fait défaut, jusqu’alors.

« Tu as grossi j’aurai dû t’encourager à faire mon métier au moins tu ne serais pas dénuée de toute perspective professionnelle je plains tes enfants de t’avoir pour mère ton frère est sûr que ton autre frère alcoolique va tous nous tuer il s’est acheté une arme et apprend à sa femme à tuer pour protéger ses enfants ta mère refait un cancer il faut que tu la soutiennes absolument elle a besoin de toi »

Et moi ? J’ai besoin d’air. De vivre, et d’amour, sans conditions, sans jugement, sans pressions et attentes qui ne m’appartiennent pas. Merde. Et je n’ai plus une once d’énergie.

Tu n’entreras plus.

C’est toi, le père, le mari. Et si tu faisais ton job, bien, maintenant … ?

Je n’ai pas ouvert. Je n’ai pas répondu. Je te vois partir, le corps tassé. Vieilli, soudain. Fragile enfant devenu père et grand-père.

Tu n’es pas invité pour Noël. Tu seras une pensée douce, parce que je sais qu’une toute petite partie de toi regrette.

Mon Noël est désormais le mien, comme le reste de ma vie.

Certains liens sont indéfectibles, comme celui qui nous lie. Une limite, pour me protéger n’y changera fondamentalement rien.

Elle me permettra juste … De vivre, enfin.

actu artistiques, voyages en arts

Baba de voyages en art ….

Derniers jours à la Documenta 14, sur son site de Kassel : cette semaine j’ai mis les bouts …

Je le confesse, je suis un ours. Je n’aime pas la dispersion,  quant aux écrans : encore moins. Mais j’ai la chance de faire de nombreuses rencontres, avec des gens qui ont des centres d’intérêt connexes aux miens. L’une de ces personnes, venue pour le festival de musique classique de juillet continuait son voyage à Kassel, pour la Documenta. Dont je n’avais jamais entendu parler.

Un petit peu loin de Colmar, mais faisable… un besoin d’aérer mes méninges… De faire un « voyage en arts », un de plus … Une amie, toujours partante… Et tant de reportages sur tous les blogs branchés art et culture, sur Arte, aussi.

Cette manifestation a lieu tous les 5 ans, depuis la deuxième guerre mondiale. Cette année, sa taille était particulièrement importante (160 artistes !), puisqu’elle se déploie dans deux villes européennes : Kassel, en Allemagne, et Athènes. J’aurai beaucoup aimé faire les deux, et pouvoir comparer les regards ; c’est toutefois dense, très dense, en émotions, en langages, en messages … J’avais pourtant visé la fin de cette édition, et laissé défiler le monde durant l’été, avant de venir y glisser mon nez.

La ville est gorgée d’art, quel que soit l’endroit où vous laissez vos yeux se poser : le clocher d’une église, les hauts des bâtiments, les vitrines, les rues, les places bien sur, les jardins, la gare, des entrepôts, les musées et lieux d’expositions, plus attendus, …

Je ne sais pas faire du discours, sur l’art. Et ça ne m’intéresse que très peu, ça tombe bien.

Je crois que j’y ai aimé les gens qui regardent, puis se regardent et se voient, comme si tout à coup ceux qui y étaient, étaient de ceux qui ont des yeux. Dans une société de relations virtuelles, de distance, de ruptures, créer cette capacité au regard, à la reconnaissance de l’altérité et éventuellement à son acceptation, voire pourquoi pas à du plaisir dans le constat de cette altérité est pour moi, éternelle petite souris, le fait marquant mon expérience de la documenta.

J’y ai aimé aussi la connexion à des pratiques primitives, les références aux peuples anciens. Leur sophistication, les thèmes et leur universalité. Leur intemporalité, notamment sur la question de l’exode, et celle de l’invasion. J’ai aimé voir les artistes poursuivre des travaux commencés de longue date, et faire avancer nos regards, les adapter à aujourd’hui. Porter des messages de temps, de patience. De récurrence. De connexion à une dimension spirituelle, quelle qu’elle soit, au-delà des jeux politiques et des questions de pouvoir. De transmission.

J’y ai aimé enfin tous les espaces d’expression se nourrissant de plusieurs disciplines. Cette installation de coques de bateaux, usées, transformées en immenses instruments de musique, forcément . Avec des cordes de piano, en plus ; (et que j’ai haï l’interdiction de jouer, si dissonante par rapport à l’intention initiale…) Une autre, parlant aussi à la part de moi qui s’intéressa aux filières de production de biens sophistiqués, et à celle qui aime la mer et ses bateaux, tant et tant. J’aurai bien volé un lingot de fonte, rouillé, pour continuer le travail à partir de leur forme … de leur texture… de leur couleur.

J’ai aimé ces partitions déclinées, tous azimuts, et leurs graphismes parfaits presque devenus alphabets …

Puis je suis partie retrouver le calme de Colmar, et ceux que j’aime, comme on peut, comme on veut, riche, plus riche encore, de tout cela …

Vive les teutons. les grecs. Et les autres.  🙂 Allez y. C’est jusqu’au 17 et cela justifie de sécher le boulot, les cours, et tout le reste…

 

 

travail en cours

flash en direct de Colmar, capitale de la porcelaine d’art :)

Hihi…

Quand je pense à tous ces pauvres gens dans les bouchons (et pas de champagne), …. Voilà. Je vous ai fait un petit film, juste parce que ça faisait longtemps que je n’avais pas sévi avec ma caméra, histoire de ….

Et hop, j’y retourne , parce que miss baba’s channel, c’est cool, mais ça a ses limites …..

A bientôt !

 

 

 

actu artistiques, découvertes d'artiste

Pour les jours gris et même ceux qui ne le sont pas, de l’art ….

J’avais envie depuis longtemps de retourner à Bâle, et dans cette région située à une petite heure de route de chez moi. Je suis toujours agréablement surprise par le dynamisme artistique et les propositions qui y sont faites.

J’avais envie de montrer le Schaulager à un copain qui s’intéresse à l’architecture et avec lequel j’ai la chance de partager des discussions intéressantes sur ce point. Il ne connaissait pas non plus Fernet Bianca, ni la fondation Schneider. Une belle journée d’été gris a constitué une formidable occasion de découvrir les œuvres du moment.

Une oeuvre de David Claerbout est visible actuellement au Schaulager. Je trouve que le fait que ce soit une des seules œuvres présentées (mis à part deux installations du niveau inférieur, géniales, qui y sont toujours) est particulièrement cohérent. Je trouve ce bâtiment à la fois sobre et plein de références, tant dans ses couleurs que dans les matériaux qui sont employés. C’est une oeuvre, en soi. L’oeuvre de Claerbout y est projetée en extérieur sur la façade (et elle s’inscrit dans son environnement de manière cohérente, apportant vraiment un nouvel élément de langage, … ). Elle est ensuite projetée sur un écran immense, dans un espace dénudé, sombre. Et sur un plus petit écran. Quant à son contenu, je vous laisse le découvrir. Superbe.

La dernière fois que j’étais allée dans ce lieu il y avait des propositions artistiques très engagées, plurielles. Je n’avais pas pu me concentrer autant sur le lieu. C’était, en tous cas, dans les deux scénarios (« plein comme un oeuf », ou vide comme ??), une expérience enrichissante.

Nous avons poursuivi avec l’espace Fernet Bianca. J’avais très envie de voir les œuvres des artistes du prix Marcel Duchamp (« la terre la plus contraire »), et le travail de Manish Nai. J’ai apprécié le fait que les œuvres soient présentées de manière à me faire revenir sur mes pas, un petit peu comme des indices. Très belles photos de terres, installation d’un rouleau de 30 ans de peinture (touchant et beau), puis…. Manish Nai. Le textile est une matière que je mets en lien directement avec ma peau, et je trouve que les œuvres qui emploient ce matériau ont une résonance particulière. Les œuvres en métal, comme les photographies sont aussi de belles occasions de porter sur le monde un regard nouveau, plein de beauté. Dans ce lieu, avec ces parquets noirs et ces murs blancs … C’est un beau voyage, …

Nous avons « fini » avec la fondation François Schneider. J’adore passer de la ville et sa zone industrielle, à une vieille usine, à une maison de maître en lisière de forêt. Des odeurs, des lumières, des sons différents. Bonheur, juste cela.

Et puis cette sélection.

J’avais déjà beaucoup aimé les précédentes éditions. Ils ont réussi à créer des ambiances totalement différentes selon les lieux, mais suffisamment sécurisantes qu’on puisse se laisser emmener dans des émotions de toutes origines. Une grande quiétude émane de l’ensemble, même si les sujets abordés sont profonds, et tristes, ou angoissants, parfois. J’ai trouvé les œuvres très personnelles, et ai été submergée par la beauté de certaines, même dans le mouvement, surtout dans le mouvement, à chaque instant où mon œil se posait…

Tout cela pour dire que ces jours de triste temps sont parfaits pour une promenade en art, au sud de Colmar par exemple. Je crois que cela m’a coûté 11 euros. Et je me demande si c’est moins cher que la montagne des singes … ou une entrée à foire aux vins.

Très chouette aussi 😉

 

 

actu artistiques, Non classifié(e)

Rodtchenko au musée Unterlinden … mmmm, moui … mais, et le mouvement ?

Samedi 8 juillet s’est ouverte la dernière exposition temporaire du musée Unterlinden, que j’attendais avec impatience.

Je me réjouissais dans mon petit coin, de ces caisses venues de loin (collection Musée Pouchkine), arrivées au bout de ma rue… De cet univers proche du mien, aussi : un artiste, qui passe de la peinture aux objets fonctionnels au service de la société, ça me faisait penser à mon travail avec la vaisselle, et à ma méthode.

Je m’attendais donc à des objets fonctionnels, à du travail en volume … par erreur, certainement. Et puis, la relation à son environnement varie certainement d’un être à un autre, et au fil du temps.

Il y a bien cette alcôve (dont la couleur est une fois de plus surprenante, mais juste : j’adore) avec des peintures et quelques pièces en porcelaine dont les décors et la forme déclinent les peintures. Les formes sont classiques, très classiques, voire bourgeoises, surprenant pour l’époque et l’endroit. Elles ne permettent pas, du moins pas pour moi, de changer d’angle et de découvrir tout à coup une autre histoire : pour moi l’intérêt du volume est l’ouverture vers de nouvelles perspectives, de nouveaux angles de vue. Le mouvement, pourtant, pour un objet fonctionnel,  me semble la dimension la plus intéressante à explorer …

J’ai donc poursuivi ma visite avec les sculptures de l’entrée, et les suspensions, espérant des jeux d’ombres et de lumière, … j’attends, peut-être, parfois, des choses décalées. Les vides, les pleins, j’adore, en fait … les ombres portées et leur mouvement, aussi … là elles sont toutes coincées, dans une boite …

Les photographies sont superbes, et certains collages, aussi.Quant aux costumes de théâtre … Ils sont dessinés … c’est un bon début …

Le fait d’avoir voulu exposer des pièces présentant la totalité du travail permet aussi vraiment de voir se détacher des formes qui sont communes à cet artiste quels que soient ses projets, et quels qu’en soient les usages. C’est certainement le point le plus intéressant de l’exposition.

Bilan en demie teinte, donc…. Il me faut encore décanter, certainement.

Je croyais qu’une révolution amène un débat d’idées et nourrit les réflexions, notamment celles autour du quotidien et de l’art du quotidien.

 

 

actu artistiques, découvertes d'artiste

Fête de la musique à Colmar chez miss bABa : les arts, vrai projet politique plein d’espoir

Une nouvelle journée de canicule s’amorce, et j’avais envie de partager avec vous ma soirée d’hier, à Colmar …

Xin Kai est arrivé avant hier. Il vient pour la deuxième fois. Il est Chinois, d’une petite ville dans le sud, à 1700 mètres d’altitude. Il vient à Colmar parce que quand il était petit, le musée Unterlinden aurait envoyé des œuvres dans sa ville, ce qui a motivé le fait qu’il commence l’apprentissage du Français. Il fait aujourd’hui ses études à Lyon, où il entre en Master. Il adore aussi le Petit Prince, et est revenu pour pouvoir aller au Parc éponyme, ce qu’il n’avait pu faire la dernière fois. Il est arrivé avec de nouveaux morceaux de piano, d’un compositeur japonais. Je crois que ce jeune homme, c’est un peu … François Cheng, tout en délicatesse … Il me joue ses morceaux, et agrandit mon territoire des possibles … C’est beau, frais … vous entendrez cela sur mes prochaines vidéos !!

Après Xin Kai il y avait répétition de théâtre, à la CDE, pour un spectacle que nous présentons jeudi et vendredi. Les gens s’ouvrent, à ces moments là, et on découvre des pépites de tous âges. J’aime ensuite marcher dans la rue, chercher leurs regards comme j’apprends à le faire dans ce lieu, uniquement. J’apprends à aimer regarder comment un corps prend de l’énergie, et la transmet, ce que j’apprends, dans ce lieu uniquement. J’aime aussi écouter aux terrasses, dans la rue, la musique des mots, ce que j’apprends, dans ce lieu uniquement.

Puis c’était la fête de la musique, il était déjà tard. Le passage a été très rapide … C’était très bruyant, des hommes en arme, des plots, des voitures en travers des rues … Plutôt que Patrick Sébastien, j’ai pensé que Wagner aurait été plus adapté … Une bagarre dans la rue, des noms d’oiseaux en ute et ope m’ont réveillée dans la nuit. Appel de la police, violence … Calme. Je m’endors. Chaud, fenêtre ouverte …

Puis un violon. J’ouvre mes yeux, c’est encore la nuit. Nuit du solstice, c’est vrai !Fête de la musique !!! Trois notes, quelques coups d’archet, c’est un beau son, les notes sont sûres d’elles. Un concert, sous mes fenêtres ????!!!!! Je me lève, personne dans la rue. Trois personnes, dans l’obscurité. Un coude, qui sort parfois du parvis de l’église du XIV eme siècle, face à moi (celle des cigognes …)… Et voilà Bach, pendant plus d’un quart d’heure, beau, dans le silence de la nuit… Je regarde, savoure, à la fenêtre. Il va poursuivre, je descends.

Il est 4 heures, il parait. Chostakovitch est au programme. C’est Jean, qui joue, derrière le coude. Il joue ainsi depuis qu’il a 4 ans, sans jamais ranger son violon … L’air est doux, la musique, profonde, grave, triste, mélancolique … L’odeur des tilleuls nous entoure …

Et loin, loin de la barbarie, de la violence,

loin de la vulgarité et de la bêtise,

je me suis réveillée

le lendemain,

presque en paix avec les politiques publiques,

le niveau des débats et des analyses,

et avec la force de la conviction que nos meilleures armes sont les arts.