bABa de variations

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En 2016 un pianiste (Alexandre Tharaud) dont le travail artistique me touche depuis quelques années, a réalisé un enregistrement de sa version des variations Golberg, de Bach, au piano. J’ai donc découvert ce morceau avec cet enregistrement, puis suis allée en chercher d’autres versions, jusqu’à trouver ce que je recherchais, exactement, par moments, en termes d’émotions. J’ai appris, ce faisant, que la partition de ces variations n’avait été trouvée que très tardivement, en 1974, … en Alsace… à Strasbourg à la faveur de travaux de rénovation, dans une maison…

Le contexte d’écriture de ces variations me touchait particulièrement, et l’idée de meubler ses insomnies par du piano me faisait rêver d’une époque où on pouvait s’offrir une personne qui vous joue du piano… Moi, mes insomnies sont meublées par France inter… Ou mon travail artistique … Le principe des variations me parlait tant ; pour moi ce sont des systèmes mathématiques, dans lesquels on met de la poésie, puis on joue, éternellement … J’adore…

Alors que j’étais dans cet univers Goldberg, un festival de musique classique dont les choix artistiques me plaisent particulièrement a proposé, au bout de la rue dans laquelle j’habite, un concert de ces variations, données au piano forte. La pièce était immense, rose pastel, rococo, il y avait cette odeur de concert de musique classique, ces parfums capiteux, les groupes d’habitués qui s’y retrouvent, ces cheveux blancs … A priori, rien qui ne me plaise. Puis l’instrument  a été  accordé. L’interprète est entré. Il a commencé, et durant une heure, le temps, le lieu, tout a disparu. Ne restait qu’une insomnie, et de la musique délicate et joueuse. Quand la musique s’est arrêtée, et que le bruit, le rose et les parfums sont revenus, la douceur de ce moment est restée … Et il m’a fallu quelques mois pour savoir ce qu’en moi, elle avait fait germer.

La modernité, le progrès n’en sont pas si le projet collectif, politique, a pour effet de nous appauvrir de ce qui nous fonde. Un vrai progrès social, pour moi, aurait été que tout le monde puisse s’offrir des variations, pour ses insomnies, et non des choses standardisées. Industrialisées. Homogénéisées.

J’ai donc imaginé « mes » variations. Ce sont celles d’une femme insomniaque, du XXI eme siècle, à Colmar. Et j’ai mis ça dans ma problématique d’artiste qui travaille sur les liens, et les repas. Je voulais créer un moment dans lequel on puisse être soi, et se renouveler, sans se perdre dans le temps du repas. Je voulais qu’à partir de ce temps chacun puisse choisir son univers, et être en mesure, moi, de le décliner (comme une variation de variations). Je voulais qu’une personne seule trouve son bonheur, comme la famille étendue, recomposée, les grands parents qui reçoivent… Bref, un outil de Vie, tout simplement.

J’ai donc crée une série de 32 pièces. Parmi elles, il y a des ensembles de trois pièces : une assiette à pâtes ou à salade, un gobelet, et un petit bol. Les formes sont toutes les mêmes, et travaillées en noir sur de la matière blanche. La matière employée est principalement la porcelaine, et toutes les pièces sont protégées à l’intérieur par un émail brillant.

Chaque ensemble fait intervenir une technique différente, avec des outils différents (éponge, cordes, mousse, feuilles, bâtons, crayon, éclaboussures, essuyages, gravure, graffiti, aquarelle, doigts etc). Ces variations techniques donnent des palettes émotionnelles différentes, mais sont liées par la musique utilisée en filigrane, pour leur réalisation. Une pièce maîtresse, centrale (une théière), reprend ces approches.

Chaque ensemble peut être pris individuellement, en fonction de votre humeur, de vos préférences, de votre caractère, de votre usage… Mais tous ces ensembles sont aussi coordonnés, ce qui laisse la possibilité de dresser une table pour plusieurs personnes, et de mélanger les pièces, ou de se les échanger… Chacun choisi, il n’y a pas d’erreur ni de fausse note. Juste… Des variations !!!