moments précieux

Lui 2

– « Oui ?…. »

Je n’ai pas répondu. Faire la morte, comme dans mes jeux d’enfant. Ça me sauvera.

Tu as été mon phare, mon rêve d’enfant, mon amour inespéré. Puis la souffrance est venue, rapidement, intense ; elle est repartie, avec toi. Soulagement. Résurrection.

Il a ensuite fallu, pierre après pierre, recomposer ma vie. Il y avait plein d’amour autour de moi, heureusement. Comprendre que de tout cela il fallait apprendre, retrouver les impasses de ce labyrinthe, et les poser, telles des cases « puit », pour renaitre.

– « Je passe par là, je sais que tu m’entends. Je suis au café du coin, si tu as envie de me voir. »

J’ai envie de te voir mais mon envie n’a, au fond, rien à voir avec toi. Mon amour non plus, d’ailleurs. Je les garde au fond de ma poche, dans l’espoir qu’un jour je sois capable d’essayer à nouveau la réalisation de mes envies avec un homme. Tu boiras ton café sans peine, d’ailleurs peut-être es-tu déjà reparti.

Chimère.

– « Si tu en as besoin, sache que je serai toujours là pour toi. »

J’ai surtout besoin de moi, et de l’amour paisible de ceux qui m’entourent, sous toutes ses formes.

Je garde le silence. Je me sens comme les derniers grains d’un sablier. Pouf. Le dernier vient de tomber.

Quatre noëls se sont écoulés, avec toi, au loin. Présent, dans l’absence, absent au présent.

Au premier tu revenais dans ma vie et c’était soleil, dans deux décennies de glace. Faire ton deuil avait été long, aride. Ton retour me faisait fleurir, revivre, vivre. Du moins je le croyais.

Puis il y a eu ce lendemain de Noël où tu étais venu et où nous avions partagé nos fantômes, nos regrets. C’était triste, cet amour, et ces années mortes.

Il y a eu le Noël avant que je ne tombe malade, celui où je suis partie au loin, me cacher, pour ne pas avoir à affronter cela seule, chez moi. Tu étais au bout du mail. Avec ta femme, et ton fils, en filigrane.

Et pour finir, un Noël malade, passé à coller mes morceaux pour tenir debout, entre deux visites de l’infirmière.

Un cycle de Noëls à espérer des choses que tu n’espérais pas, une vie qui ne viendrait pas. Tu n’as été que du sable, entre mes mains, qui filait, filait. L’amour avec toi, c’était comme dans « un barrage contre le pacifique », de Duras : une lutte, de chaque instant, contre les éléments. Perdue d’avance. Il m’en a fallu du temps, pour accepter de regarder en face, et renoncer.

J’ai envie de dire…

« Tu sais je vais passer un vrai beau Noël, cette année. Un Noël atypique qui sera simple et gai. Je n’ai invité que des gens qui sont capables d’entrer en lien avec d’autres personnes. Ils sont tous boiteux, et ils le savent. Et c’est précisément ce que j’aime en eux, ce sont mes pépites, mes trésors. Dans mon théâtre, sur ma scène, je veux des acteurs tendres, justes, vrais. Je ne veux plus de masques, ni de coquilles vides. »

Tu n’aurais pas aimé ma vie. Ces gens, je les croise avec bonheur pendant que je découvre des choses qui ne sont pas vraiment importantes pour tant de personnes, mais très importantes pour moi. Je n’ai plus envie de me sacrifier, je ne suis plus une chèvre, à la merci d’un Pitie grecque.

Alors je ne t’ai pas invité. Tu es resté en bas ou là-bas, peu m’importe.

Je t’ai renvoyé le cadeau que tu avais glissé dans ma boite, sans sens.

Il se perdra en chemin, et tu m’insulteras de cela. Drôle de fin.

Une page s’est tournée, soufflée par le vent.

Le vent mon ami, celui qui me met en mouvement.

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