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– « Ouii ? »

– « Salut, c’est Bambi ! »

Ben merde. C’est pas rangé, je suis en roue libre. Un bazar, si vous saviez ! Puis je n’attends personne, il est tôt, c’est fermé, j’ai toujours mon dentier dans son verre. Ha non, je n’ai pas de dentier. Mais quand même : non. Pas Bambi.

-« Bambi ???? ».

Non mais c’est quoi ce bazar ??? Les élections sont terminées et ce n’est pas la saison de Jehova, ce n’est pas encore le 1er avril, mes potes sont confinés, et les bars, fermés.

-« C’est au troisième » !

J’ai craqué, trop curieuse. 5h du mat, j’étais réveillée et j’écoutais cette radio débonnaire. Il y a des gens qui sont payés à parler pour ne pas qu’on s’écoute, ni qu’on les écoute. Je m’amusais hier sous la douche à reprendre la ligne mélodique de Cécile Duflot, prix nobel d’économie réveillée en pleine nuit pour nous rassurer : « la la lala li lalala louloulou hum ». Elle chante comme les moines, cool, la mémère. Bref. La roue libre, je vous dis. Donc Bambi monte, super vite d’ailleurs, il fait un raffut pas possible, c’est pas un américain, pour sur – enfin pour le boucan, si, mais il gambade, l’animal.

Pas le temps de me moquer de son souffle court, le voilà sur mon palier.

Un chevreuil.

Arrêt sur image.

Pour un changement de clientèle, en voilà un qui n’a été anticipé par aucun office du tourisme. Il va falloir mettre des mangeoires en ville, maintenant, et planquer les géraniums ! 

-« Ha » est le seul mot qui daigne sortir de mon gosier. Je l’ai rêvé, me suis réveillée la nuit pour voir si cette ville déserte revenait à la nature. J’ai espéré les sangliers, les renards, les oies sauvages, les petits oiseaux colorés. Et voilà un chevreuil, sur le pas de ma porte.

Il a de la chance que je sois devenue végétarienne, le niais.

– « Bon, et c’est à quel sujet ? Non parce que Bambi, tu vois, les voisins du dessous cuvent la cuite qu’ils se sont prise hier (je le sais, ils se sont bidonnés jusque tard dans la nuit, c’était agréable à entendre), la voisine du dessus dort parce qu’elle a fait trop de yoga en vapotant ses trucs aux fraises tagada, quant à mon fils, Junior, il a gammé tard et IL N’EST PAS QUESTION que parce que la nature reprend ses droits, tu te permettes de réveiller tout mon petit monde. »

Il va falloir que je fasse une formation en gestion de la relation clients, avec un module communication non violente, parce que là je me sens démunie.

Il veut du temps. Du temps pourquoi ? Est-ce qu’on demande du temps, nous ? Non, on veut du blé, c’est tout. Du blé, et lui, du temps. Pourquoi, d’abord ? Pour explorer. « Hein ??? » « explorer ». Il veut découvrir cet espace méconnu. Il fait du tourisme, le con. Pendant qu’on crève essouflés et fauchés, le voilà, l’autre, qui fait du tourisme. Il ne trouve pas ça terrible, comme coin, Colmar. C’est un cauchemar qu’il dit. Rien à manger qui soit sain, et bon. On ne fait qu’acheter, vendre, nul !! Les musées sont fermés, pourquoi ? Ils devraient être gratuits et ouverts !

J’ai fini par le mettre à la porte, le chevreuil. On ne va quand même pas tout remettre en question. Notre petite vie bien confortable, nos rues bien proprettes. Nos géraniums, franchement. Puis nos voitures, en plein centre. Il se prend pour un gilet jaune, le naze.

Profitons-en, en attendant la reprise. Et demain, j’espère qu’il viendra avec ses potes !