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TRAVAUX DE JANVIER 2018

Le début de l’année est plus calme au niveau de l’activité des chambres d’hôtes, pour des raisons techniques liées à la réservation en ligne, qui s’avère bien plus complexe qu’annoncée.

J’en ai profité pour remettre en état l’appartement, fort sollicité par les passages.

La chambre Victor a été modifiée pour pouvoir accueillir des groupes de 2 qui ne soient pas forcément des couples. J’en ai profité pour la rendre plus confortable, en y mettant des livres pour s’occuper en fin de journée. Je l’ai repeinte, aussi, avec des peintures bio, farrow and ball … Un peu de déco, chinée … Pour en faire un vrai petit cocon …

La Chambre Hugues a subi le même traitement, parce que ces teintes me plaisent tant. Je les trouve douces, et en accord avec les couleurs qui m’entourent. Ça faisait longtemps que je cherchais des couleurs qui permettent cette communication, intérieur/extérieur. Elle est toujours dans un style marin (avec mes bateaux aux murs, et j’attends d’avoir un moment pour cuire des pièces plus grosses … et les y mettre …), avec une belle bd d’histoires maritimes …

La Chambre Côme a suivi, ce n’était pas au programme, mais ce n’était plus très cohérent avec le reste de l’appartement…. J’attends que le photographe passe à nouveau, mais je ne résiste pas à l’envie de vous dire qu’elle est dans des tons chauds, très cocon, cosy, … Du jaune, et du terracotta … C’est doux, bien …. avec plein de livres dans la thématique artistique

Et comme j’étais toujours aussi amoureuse de cette peinture, j’ai aussi repeint la salle de bain du haut en noir profond. Avec les carreaux blancs, anciens, abîmés, c’est bien plus contemporain. On attend le photographe, pour ça, aussi …

Les recherches d’ambiance ont été mises sur mon pinterest et sur mon instagram, si cela vous intéresse … Parce que je pense que nous sommes quelques uns à aimer matières couleurs, et ambiances ! En tous cas, il y en a quelques uns qui me suivent !!!!

Je pense que je commence à voir le bout des travaux, et que je vais enfin pouvoir me mettre à faire une grosse commande de vaisselle sur mesure, prise en décembre … Poursuivre mon travail sur la ligne de bijoux (et les sculptures qui se présentent dans ce travail : je crois bien que je vais en faire une énorme ….. ) ….

 

 

 

actu artistiques, découvertes d'artiste, moments précieux, voyages en arts

Hélène de Beauvoir au Musée Wurth, à Erstein : comme toujours, du beau et de l’intéressant …

Une belle exposition commence pour quelques mois au Musée Wurth d’Erstein.

La proposition qui y est faite est atypique. Nous nous étions habitués aux œuvres de leur collection, qui venaient à Erstein dans un parcours international.

Pour les 10 ans du Musée, une artiste qui a habité à Goxwiller a été choisie. Je l’ai découverte à cette occasion, grâce à une présentation très variée de son oeuvre.

Il s’agit d’Helène de Beauvoir, artiste du XX eme siècle.

J’ai beaucoup aimé son approche des couleurs, douces, sur des thèmes violents. Je me suis même demandé si ces couleurs ne sont pas plus adaptées à ces sujets.

Et je continue de me demander qui a mis des mots de ce type, sur les couleurs (les couleurs « criardes », « violentes », « douces » etc). Parce qu’en fait, je ne suis plus certaine du tout de la correspondance entre les mots, et les émotions ressenties. Bon. Ça parle de violence, en pastel, et c’est juste, visuellement.

Ses compositions sont belles, même sur des thèmes qui me sont éloignés (les paysages, les scènes de récolte). Il y avait aussi une gravure sur de l’altuglas. Des traits, qui dansent dans la lumière ….

Puis le contexte politique et social dans lequel elle évolue, présent en filigranne, dans toute l’oeuvre. Sa sœur, évidemment. Et son engagement pour la cause féministe.

A découvrir, sans hésiter…

 

moments précieux, PETITES HISTOIRES

Shannon

-« Yes ? Hi Shannon ! Do come in, we’re on the third floor… Well, that’s the fourth one actually in the US ! »

C’est la saison des américains en ce moment. La saison des américains du sud est des Etats Unis : celle de Scarlett O’Hara, celle de la Lettre Écarlate, celle du Pétrole, des Mexicains, des tornades et des ouragans. Celle des religions, peut-être encore plus là qu’ailleurs. Pas certaine. Ils ont survécu, me racontent leurs maison au toit renforcé, leur vie en voiture, leur société soumise aux tempêtes.

Aujourd’hui c’est Shannon qui arrive. Une Farah Fawcett à la cinquantaine plantureuse, les cheveux américains. Son pas est lourd. Elle monte sa grosse valise, péniblement. Je ris, pour mettre un peu de légèreté dans l’instant.

Entre donc, Shannon, je suis contente de te voir arriver.

Tout lui a semblé compliqué avant d’arriver, à Shannon. Il a fallu quinze mails pour que sa réservation soit faite, quinze autres pour lui faire respecter ce qui était dit. Je ne comprends pas. J’ai des difficultés de cet ordre avec d’autres profils en général.

J’attends. Viens, entre. Un thé ? Ta chambre, une carte, des idées pour demain, un bon restau, je réserve. Elle a chaud, soif, fatigue, craque, sous la carapace.

Tous les soirs elle rentre, épuisée. Me raconte ce corps qui ne veut pas la porter. Trop de voiture, jamais elle ne marche. Jamais de vélo : du yoga, les grands jours. Une société qui la rend étrangère à elle-même. Étrangère à son corps, mais pas à sa féminité. Elle parle de sexe, d’amour, si aisément. Elle se demande si elle y a encore sa place, et sur ces questions, elles ont été deux, la même semaine. Pas de place pour les femmes, pas de place pour les pauvres non plus. Pas de place pour les enfants et leur droit à grandir sans que les parents ne les protègent à chaque instant.

Un colosse aux pieds d’argile.

Les limites sont difficiles, pour elle. Mais quelle intelligence. Quelle adaptabilité. Quelle souplesse. Elle pratique la photo, la peinture, a un master en business. Elle est très cultivée. Elle est militante, féministe, assiste les femmes victimes de viol. Elle égrène les chiffres sur ses besoins pour payer sa retraite, son assurance santé.

Je regarde, et me rend compte que je n’en ai pas la moindre idée. Je ne sais même pas si j’y ai droit, si j’y aurai droit un jour. Et je m’en fiche : d’ici là, je serai peut être bien morte.

Nous sommes jeunes, c’est du travail qu’il nous faut. Apprendre, rester dans le courant, même si tout cherche à nous éjecter. Rebondir, s’adapter. Rebondir encore.

Elle me raconte son enfance. Éduquée par ses grands parents, battue, mal traitée. Violée deux fois, par un footballeur, à la fac. Elle en a bien parlé à la hiérarchie, mais on lui a dit qu’elle avait surement bu. Toujours la même histoire.

Dix ans de psychanalyse.

-« Je suis venue chercher du travail en Europe, tu as une idée ? Je veux quitter les USA : il n’y a plus de place pour les femmes, là-bas. »

Une idée, si j’en avais ma cocotte, j’en aurai, du boulot comme tu cherches. Celui avec un bon salaire, du contenu, du rythme. Je crois que je n’ai que des gens qui cherchent à fuir leur pays, en ce moment. Ça doit être la saison des chaises musicales.

A ce jeu il vaut mieux ne pas être femme non plus. Civilisation « vache-qui-rit » : « trop lourde, trop maigre, trop typée …  »

Je rêve de faire un classement. Est-ce qu’un jeune homme super diplômé mais syrien a plus de probabilités de s’intégrer qu’une femme expérimentée américaine sur diplômée. Est-ce qu’une jeune sur diplômée en finances et expérimentée néo zélandaise a plus de probabilités de trouver qu’un brésilien qui fait l’école des ponts.

Société de la peur, de la fuite.

De la haine de l’autre, de la violence gratuite.

Ce qui me sidère, c’est le niveau de bienveillance de ces personnes. Cette conscience de l’autre, commune, quels que soient leurs origines, leurs âges, leurs genres …

Je crois que je ne supporte plus les victimes et ceux qui les écoutent. Il y a des tribunaux, pour cela. Et des règles. Et je crois que je ne me supporte plus quand je n’arrive pas à les convaincre d’aller sur ce terrain.

Celles et ceux qui en font publicité de manière vaine m’usent, par dessus tout.

Les « hashtags » les « selfies » les manifs.

Le vent, le vide.

Les feux d’artifice sans beauté.

Je crois que je ne supporte plus le terme « harcèlement » et tout ce qu’il sous tend de posture de victime. Et le regard plein d’une bienveillance macabre qui va avec.

Je crois que je ne supporte plus, surtout, le vrai silence face aux vraies ordures.

 

 

 

 

moments précieux

Renaissance

– « Oui ??? » …

J’ouvre, c’est au troisième, mon gars, en avant.

Il est long à monter, le pépère … Il n’a pas trouvé l’interrupteur … Pfff … J’ai le don d’attirer à moi des gens qui décoiffent, chahutent, vrombissent, pétaradent … je me demande ce que la vie va encore me faire comme coup.

Il est en surpoids, voilà pourquoi. Le troisième étage, ça a une petite tendance à les tuer. Je vais attendre un peu avant de lui annoncer qu’il reste un étage à franchir … Pas envie de devoir appeler le samu, encore moins de faire du bouche à bouche.

Un petit thé un plan un restau des horaires de bus … et hop, il est mûr pour le dernier étage … ta chambre, la salle de bain, n’hésite pas à demander si tu as besoin de quoi que ce soit …

On va partager mon appartement, pour quelques jours. C’est une drôle de situation, de la vie de couple sans couple, avec un peu de vie. Mais pourquoi pas. Je retourne à mon piano, il prend une douche, puis descend, il s’assied, écoute, aime. Puis sort, restau. Fin du premier round. Je retourne à mon piano.

Il y a eu Jean Luc, Romain, Patrice, Andrew, Graham, Michel Ange, Murphy, Yuki et tant d’autres. De tous les âges, toutes les couleurs, tous les calibres. Tant d’autres qui m’ont permis de ne pas oublier que la vie, à deux, est parfois douce. Simple. Qu’on peut partager des moments précieux, sans enjeux. Juste par amour des échanges, par amour de l’autre et de ses différences. Une bouteille de vin, un truc à grignoter. Des discussions, légères, intelligentes. Des hommes, comme je n’en avais jamais rencontrés. Différents, si différents des partitions déjà jouées. Et libres, parce que nous sommes dans l’éphémère. Pas plus, pas envie.

Jusqu’au jour où l’envie est revenue. Le corps s’est réveillé. Doucement, de manière insidieuse. C’était un été calme et doux, et j’ai tourné la page.

Il sonnera, un jour, et je dirai :

– « Ha, il était temps. Parce que mon coco, tu mets mes rêves en feu, et avec toi mes insomnies reviennent. Mais attention : je ne veux pas du couple à souffrir, renoncer, trahir, manipuler, s’ennuyer ; ça, ça me fait peur, comme ça te fait peur … Mon programme, c’est airbnb, et plus, si affinité … C’est du concret, pas du rêvé … »

Dommage, je vais le faire fuir si je lui parle ainsi.

Alors je vous fais la version plus officielle :

– « Henri (j’adore ce prénom, il me fait rire, ce qui est un bon début), vous (le vouvoiement, en amour, c’est absolument divin) êtes aussi un cadeau, dans ma vie … je rêve

De partager avec vous ce qui est vous, et non votre travail

De partager avec vous ce qui sera nous, et pas notre travail

De rire avec vous, de regarder avec vous, de sentir avec vous, de respirer avec vous, de danser avec vous, de marcher avec vous (ou de vous regarder, hein, si vous êtes un chamois, parce que je ne vous courrai pas derrière), de vous écouter, … avec légèreté …

Rien de plus : juste de la vie, de l’amour, de la vie, et de l’amour, encore, et encore. »

Renaissance, ou naissance. Enfin.

moments précieux

Lui 2

– « Oui ?…. »

Je n’ai pas répondu. Faire la morte, comme dans mes jeux d’enfant. Ça me sauvera.

Tu as été mon phare, mon rêve d’enfant, mon amour inespéré. Puis la souffrance est venue, rapidement, intense ; elle est repartie, avec toi. Soulagement. Résurrection.

Il a ensuite fallu, pierre après pierre, recomposer ma vie. Il y avait plein d’amour autour de moi, heureusement. Comprendre que de tout cela il fallait apprendre, retrouver les impasses de ce labyrinthe, et les poser, telles des cases « puit », pour renaitre.

– « Je passe par là, je sais que tu m’entends. Je suis au café du coin, si tu as envie de me voir. »

J’ai envie de te voir mais mon envie n’a, au fond, rien à voir avec toi. Mon amour non plus, d’ailleurs. Je les garde au fond de ma poche, dans l’espoir qu’un jour je sois capable d’essayer à nouveau la réalisation de mes envies avec un homme. Tu boiras ton café sans peine, d’ailleurs peut-être es-tu déjà reparti.

Chimère.

– « Si tu en as besoin, sache que je serai toujours là pour toi. »

J’ai surtout besoin de moi, et de l’amour paisible de ceux qui m’entourent, sous toutes ses formes.

Je garde le silence. Je me sens comme les derniers grains d’un sablier. Pouf. Le dernier vient de tomber.

Quatre noëls se sont écoulés, avec toi, au loin. Présent, dans l’absence, absent au présent.

Au premier tu revenais dans ma vie et c’était soleil, dans deux décennies de glace. Faire ton deuil avait été long, aride. Ton retour me faisait fleurir, revivre, vivre. Du moins je le croyais.

Puis il y a eu ce lendemain de Noël où tu étais venu et où nous avions partagé nos fantômes, nos regrets. C’était triste, cet amour, et ces années mortes.

Il y a eu le Noël avant que je ne tombe malade, celui où je suis partie au loin, me cacher, pour ne pas avoir à affronter cela seule, chez moi. Tu étais au bout du mail. Avec ta femme, et ton fils, en filigrane.

Et pour finir, un Noël malade, passé à coller mes morceaux pour tenir debout, entre deux visites de l’infirmière.

Un cycle de Noëls à espérer des choses que tu n’espérais pas, une vie qui ne viendrait pas. Tu n’as été que du sable, entre mes mains, qui filait, filait. L’amour avec toi, c’était comme dans « un barrage contre le pacifique », de Duras : une lutte, de chaque instant, contre les éléments. Perdue d’avance. Il m’en a fallu du temps, pour accepter de regarder en face, et renoncer.

J’ai envie de dire…

« Tu sais je vais passer un vrai beau Noël, cette année. Un Noël atypique qui sera simple et gai. Je n’ai invité que des gens qui sont capables d’entrer en lien avec d’autres personnes. Ils sont tous boiteux, et ils le savent. Et c’est précisément ce que j’aime en eux, ce sont mes pépites, mes trésors. Dans mon théâtre, sur ma scène, je veux des acteurs tendres, justes, vrais. Je ne veux plus de masques, ni de coquilles vides. »

Tu n’aurais pas aimé ma vie. Ces gens, je les croise avec bonheur pendant que je découvre des choses qui ne sont pas vraiment importantes pour tant de personnes, mais très importantes pour moi. Je n’ai plus envie de me sacrifier, je ne suis plus une chèvre, à la merci d’un Pitie grecque.

Alors je ne t’ai pas invité. Tu es resté en bas ou là-bas, peu m’importe.

Je t’ai renvoyé le cadeau que tu avais glissé dans ma boite, sans sens.

Il se perdra en chemin, et tu m’insulteras de cela. Drôle de fin.

Une page s’est tournée, soufflée par le vent.

Le vent mon ami, celui qui me met en mouvement.

moments précieux

Lui 1

– « Oui ?…. »

– « C’est moi, … »

Je n’ai pas répondu. Faire la morte, comme dans mes jeux d’enfant. Il laissera un mot, dans la boite aux lettres. Des cartes postales, aux illustrations violentes, qui disent le contraire de ce qui est écrit, neutre, formel. On a toujours communiqué ainsi, à plusieurs niveaux … là, c’est une bataille navale, un bateau qui explose sous les bombes … Je le prend pour moi, mais c’est peut-être lui. Peu importe.

Ça me sauvera, c’est la seule solution. Je veux vivre.

– « Si tu ne fais pas de bruit, ils ne sauront pas que tu es là »

Petite, la maison craquait la nuit. Je m’étais persuadée qu’un lion se promenait dans le couloir qui longeait ma chambre. Je me cachais sous ma couverture, respirant doucement… Puis ce lion est devenu celui de Kessel, grâce au gout de la lecture, que nous avions en commun, lui et moi, un lion bienveillant, doux protecteur.

L’enfance est passée, mais pas la peur, rampante. Pas vraiment rassurant, comme père. Tout sauf rassurant.

La dernière fois qu’il est venu, j’ai pensé que je n’en pouvais plus de lui, non plus, comme de tant d’autres.

Je n’en pouvais plus de ce qu’il projette sur moi, et qui ne m’appartient pas. De ses sacs et des prisons qu’il nous impose, par peur de lui-même. Des exigences, des attentes, et de l’incapacité d’entendre que vraiment, je suis à bout.

En apparence, tout va bien. Il rit, plaisante, est nourri de tant de choses, incessamment. Son monde est complexe et ressemble au mien. La musique. Le jardin. La lecture. Le monde, quoi.

Longtemps j’ai aimé, accepté, pardonné ses failles. Pardonné sa violence, contre ceux que j’aimais. Peut-être. Puis j’ai grandi, et le pardon s’en est allé. Destruction, jour après jour, de mon frère. Et moi, aux premières loges, partagée entre l’amour de l’un, celui de l’autre, et celui de ma mère, spectatrice évasive. La « loyauté sale », ça se nomme. Continuer d’aimer, de tous les aimer, malgré l’inacceptable. Une seule phrase me reste : « pourquoi ne comprend-il pas qu’il doit arrêter ? … C’est un adulte, pourtant … »

Et ils se demandent pourquoi je disparais.

Il a passé sa vie à attendre son père. Puis il a découvert la réalité de la situation. C’était un peu tard : son père venait de s’éteindre. Il avait été mis en terre. Ne restaient de lui qu’un doux souvenir d’absence et d’attente, des traits sur le visage du fils, semblables à ceux des frères et sœur découverts, une photo et un harmonica. Une tombe froide dans une ville lointaine.

L’autre père, adoptif, n’était finalement qu’un masque de plus. Timbré, lui aussi.

Il avait eu l’air soulagé de cette révélation. J’étais la seule à trouver cela tragique. Innommable.

Quand il s’était agi de devenir père, le mode d’emploi avait manqué.

Bon père pour les autres. Mais boiteux envers les siens.

J’avais grandi sous les yeux de cet homme, et dans le sillage de son amour. Cette mousse verte, posée dans le cou de ma mère, c’était lui. Régulièrement elle voulait brosser ce végétal. Mais au fond, ils n’étaient qu’un. Noire symbiose.

J’étais revenue près d’eux, drôle d’idée, soufflée par un autre homme de la même espèce, après des années de fuite le plus loin possible.

En quelques semaines ils avaient réussi à remettre en place tout ce qui avait motivé mon départ. Vingt ans plus tard, m’étant crue plus solide, à regarder de trop près les dynamiques en jeu, j’étais tombée malade. Malade, et vidée d’une énergie qui ne m’avait jamais fait défaut, jusqu’alors.

« Tu as grossi j’aurai dû t’encourager à faire mon métier au moins tu ne serais pas dénuée de toute perspective professionnelle je plains tes enfants de t’avoir pour mère ton frère est sûr que ton autre frère alcoolique va tous nous tuer il s’est acheté une arme et apprend à sa femme à tuer pour protéger ses enfants ta mère refait un cancer il faut que tu la soutiennes absolument elle a besoin de toi »

Et moi ? J’ai besoin d’air. De vivre, et d’amour, sans conditions, sans jugement, sans pressions et attentes qui ne m’appartiennent pas. Merde. Et je n’ai plus une once d’énergie.

Tu n’entreras plus.

C’est toi, le père, le mari. Et si tu faisais ton job, bien, maintenant … ?

Je n’ai pas ouvert. Je n’ai pas répondu. Je te vois partir, le corps tassé. Vieilli, soudain. Fragile enfant devenu père et grand-père.

Tu n’es pas invité pour Noël. Tu seras une pensée douce, parce que je sais qu’une toute petite partie de toi regrette.

Mon Noël est désormais le mien, comme le reste de ma vie.

Certains liens sont indéfectibles, comme celui qui nous lie. Une limite, pour me protéger n’y changera fondamentalement rien.

Elle me permettra juste … De vivre, enfin.