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)- « Ouii ? »

– « C’est nous ! Bonsoir !! »

Il y a du bruit dans l’interphone mais je n’attends que Stéphane et sa petite famille. Il fait nuit et froid, c’est l’hiver, janvier, vingt heures. Dans l’immeuble sombre et silencieux, cosy, j’entends des chapelets de rires d’enfants monter vers moi. Ils semblent tous joyeux : c’est à nouveau Noël et la joie qui s’invitent.

Deux enfants vêtus de couleurs douces et gaies arrivent, tout sourire. Janosh a gagné, je crois, de peu, puis Sanya, ou est-ce le contraire. Deux taches de couleurs, deux petits êtres pétillants comme du champagne. Puis leurs parents, calmes, pétillants aussi, adultes, joyeux aussi.

– « Entrez entrez, je suis si contente de voir qui vient chez moi ! » ( pourquoi, et comment, ce que la vie va m’offrir, cette fois encore).

Nous ne sommes que nous cinq ce soir. Marc viendra plus tard, dès qu’il le pourra. Je suis certaine qu’il va aimer cette famille, tous ses êtres. C’est bon aussi, de pouvoir se laisser aller à aimer quatre personnes d’un coup, luxueux !

Ils viennent fêter l’anniversaire de la maman. Ils célèbrent en fait leur première fête où tout le monde va bien, ce qui ne leur est pas arrivé depuis longtemps. Leur joie, leurs sourires, c’est cela. La conscience de leur bonheur d’avoir dépassé des moments difficiles, la force aussi, née de ces batailles gagnées à plusieurs. Eux quatre, comme des mousquetaires. Je reçois des gens comme les autres qui s’avèrent bien souvent être les héros de leurs vies.

Il n’y a pas une once d’excès, pourtant. Comme nus, et justes, si justes, ils racontent le lendemain autour d’un thé leur vécu en termes pudiques, simples. Et à écrire ces mots qui ont mis du temps à pouvoir être posés, à les écrire dans un contexte qui a tant changé depuis et nous force à la distance et au recentrage, l’émotion et l’amour de ces êtres humains me submergent encore. On peut, oui, aimer des inconnus alors même que tout autour est incertain : deux jours, un contexte professionnel. Peut-être est ce ainsi de tous les gens qu’ils rencontrent.

On a prévu de faire un atelier, offert par Stéphane à la famille, pour l’anniversaire de la maman. Les enfants vont en proposer l’histoire. Une histoire qu’ils adorent, d’une fleur qui pousse dans un jardin désordonné mais rêve du jardin d’à côté, très organisé. Elle réussit à y passer mais s’y ennuie tant qu’elle meure. Le jardinier l’arrache, alors, et la renvoie dans la friche d’à côté, où elle revit. On va créer une vaisselle de petit déjeuner, chacun faisant une pièce appartenant à chaque jardin, pour varier, selon les humeurs du jour. Avec les enfants nous sommes copains, on se comprend bien : j’ai fait ça avec une ligne, une histoire l’Alice qui en avait ras le bol du pays des merveilles et partait à la plage, une espèce de mutant entre Alice et Martine, histoire de faire descendre Lewis Carol de son piédestal. Ils créent, patouillent, les idées surgissent, poétiques, les jardiniers s’invitent, les fleurs, aussi. On se bidonne. Les parents s’appliquent, ils sont concentrés sur les enfants, pas facile d’être connecté à soi, et aux autres.

– « En fait, on est en train de créer des souvenirs d’un bon moment passé tous ensemble, c’est ça, cet atelier » dit la maman, pensive, tête en l’air. Elle ne crée pas vraiment, je crois qu’elle savoure. Elle est en cristal. 

Oui, c’est aussi se recoller ensemble, autour de cette terre, puis rendre cela solide, pour que dans des siècles un archéologue retrouve vos pièces et comprenne, en soit touché, mette cela dans des musées pour que d’autres gens soient touchés. Nous écrivons une histoire, qu’on partage avec l’humanité. C’est juste cool, non ?

Autant vous dire que quand la porte s’est refermée ils m’avaient transmis leurs bulles. J’ai soufflé, me suis dit que c’était ça, exactement ça, ce que j’aime faire dans la vie. Rencontrer, partager. Une étape, une longue étape, dont je ne vois pas la fin.

 

La vaisselle est cuite, belle, dense, solide. La vie nous a encore joué un tour, et la livraison attend des jours meilleurs où nous pourrons nous revoir. Il me tarde, de voir ces pièces, et eux.